La Sampdoria 2017/18 de Marco Giampaolo : l’éclosion du disciple de Sarri

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Si vous aimez le football, vous aimez forcément le Napoli de Sarri. Un football respectueux du spectateur, protagoniste, un football où l’objectif premier est d’être efficace sans renier un idéal de jeu exigeant et spectaculaire. Mais, dans ce championnat italien en pleine transformation, qui, contrairement aux idées reçues, propose chaque weekend des matchs jouissifs, Maurizio Sarri n’est pas seul à tirer son pays vers le haut à travers son jeu. Dans l’ombre des grands médias, son plus fidèle disciple, Marco Giampaolo, réalise un travail remarquable avec la Sampdoria de Gênes. Le championnat est plus qu’entamé et les joueurs de la Samp pointent à la 6eme place, aux portes de l’Europe. A leur tableau de chasse : victoire contre l’ AC Milan, la Juventus ou encore l’ AS Roma !  Mais au-delà, de ces statistiques qui intéressent surtout les supporters ou les comptables, Giampaolo bonifie journée après journée la Série A en proposant un football unique très agréable à voir. Pour Beautyfootball c’est un grand entraîneur qui est en train de naître ! Explications.

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LE PARCOURS DE MARCO GIAMPAOLO

Marco Giampaolo c’est d’abord une carrière de joueur professionnel anonyme. Joueur pendant plus de 10 ans dans les divisions inférieures de la Série A, il montre surtout à tous les sceptiques que l’on peut devenir un entraîneur de haut-niveau sans avoir côtoyé l’excellence en tant que joueur. Ses débuts en tant qu’entraîneur sont à l’image de son parcours  : laborieux. Il fait ses preuves dans de nombreux clubs italiens comme Trévise, Ascoli, Cagliari ou Sienne.

Toutefois, c’est en arrivant à Empoli à la place de Maurizio Sarri en partance pour Naples, qu’il passe un cap décisif. Admirateur de ce dernier, il réussit à « ressusciter » le club, en alliant efficacité et spectacle sur le terrain. Empoli représente une vitrine idéale pour accéder à un club encore plus huppé : la Sampdoria.

Dans ce parcours très échelonné, Giampaolo reste fidèle à lui-même et à ses méthodes : c’est un entraîneur relativement réservé, discret dans les médias, qui peut faire face à certaines difficultés face aux joueurs à la grande personnalité. Ses équipes se ressemblent toutes : volonté d’être protagoniste, de jouer en respectant le spectateur et en proposant un football spectaculaire et efficace. Il ne cesse de répéter à ses joueurs qu’ils doivent jouer avec « légèreté » en pensant toujours à prendre du plaisir sur le terrain.

En cette saison 2017/2018, les joueurs adhèrent parfaitement à son idéal de jeu et cela se ressent : la Sampdoria ne gagne pas toujours, mais reste constamment belle à voir jouer !

COMPOSITION ET ANIMATION

LA PHASE OFFENSIVE DE LA SAMPDORIA : ÉLOGE DU JEU EN 1 TOUCHE DE BALLE

Giampaolo valorise la prise de risque, et souhaite créer des décalages au sein de la défense adverse le plus vite possible. Dans ce cadre, le gardien doit être perçu comme un véritable joueur de champ sur lequel peuvent s’appuyer les autres joueurs pour éliminer le pressing adverse.

(Le Genoa initie un pressing dès la première passe sur les 3 joueurs de la Samp. L’équipe maintient son idée de jeu et tente une relance courte. Pour se sortir de l’étreinte, il faut percevoir le gardien comme un joueur à part entière. C’est alors un 4 contre 3 à jouer dans une zone très dangereuse. Peu importe, la récompense n’en sera que plus forte en cas de réussite puisque 3 joueurs adverses seront éliminés d’entrée).

Etant donné que beaucoup d’équipes se positionnent en bloc médian, sans forcément presser très haut la Sampdoria, ces derniers doivent redoubler d’ingéniosité s’ils veulent réussir un décalage chez l’adversaire sans sauter de lignes. Le rôle des défenseurs centraux et des milieux tels que Torreira est fondamental à cet égard.

(Silvestre est dans l’axe, balle au pied, et la Lazio tente par une occupation du centre du terrain très dense, de fermer tout chemin de passe vers Torreira et les milieux relayeurs.)

(Praet, encerclé, déclenche une fausse piste grâce à un « appel-contre-appel » qui déstabilise légèrement la 1ère ligne défensive de la Lazio.)

 

 

 

 

 

 

 

 

(Il ne faut pas plus d’une seconde à Torreira pour profiter de l’appel de son coéquipier, de l’espace qui s’ouvre et de l’incertitude adverse pour demander et recevoir le ballon dans un intervalle).

(Grâce à ce placement qui lui permet d’être face au jeu, il peut donner une très belle passe verticale qui transperce les lignes de la Lazio.)

(Ramirez, le numéro 10, a déjà compris et anticipé, tout comme Quagliarella qui lance son appel. Ce circuit en 3 passes accompagné d’un temps d’avance et d’une harmonie collective des Gênois qui se trouvent les yeux fermés, permet de créer une véritable occasion sur le but de Strakosha).

Cette première séquence d’attaque placée de la Sampdoria met en lumière une zone très importante pour Marco Giampaolo : l’axe ! En effet, le coach de Gênes, joue en 4-4-2 losange. C’est un système relativement peu utilisé en Europe et dont l’animation peut vite s’avérer piégeuse. Au sein de celui-ci, l’entraîneur demande à ses milieux non pas d’occuper les côtés mais de rester proche les uns des autres, dans l’axe, afin de pouvoir combiner en jeu court, et créer des supériorités numériques. Les couloirs, très importants malgré tout, sont dynamisés par les défenseurs latéraux.

(Une configuration d’attaque placée très fréquente de la Sampdoria : Silvestre a le ballon et participe pleinement à la relance en osant une passe verticale entre les lignes sur Ramirez qui se propose. Les milieux latéraux du losange sont dans l’axe, proches des 2 joueurs prêts à participer à l’action. Les défenseurs latéraux sont sur les côtés à l’extrémité de l’écran.)

(Les 3 milieux de terrain sont proches les uns des autres, dans l’axe et sous la pression de 4 adversaires. La solution : le jeu en 1 touche sur le partenaire pour garder le temps d’avance et empêcher l’adversaire de piquer le ballon).

(Praet, joue lui-même en une touche pour Zapata qui s’est proposé en appui à proximité. Ramirez continue de s’impliquer dans l’action après  sa première remise.)

(En n’étant jamais sur la même ligne et en gardant une distance entre chaque partenaire quasi parfaite, les joueurs de la Sampdoria se donnent la possibilité de jouer constamment en une touche de balle pour totalement déstabiliser l’adversaire. Chaque joueur qui donne le ballon, accompagne systématiquement l’action par une course de projection.)

(Cette combinaison de déplacements associée à du jeu en 1 touche a permis de créer une faille béante chez l’adversaire. Ramirez s’empresse de s’y engouffrer et si la passe de Quagliarella est bien réalisée, c’est une occasion très dangereuse qui s’offre à l’équipe de Giampaolo.)  

Cette séquence d’attaque placée est un circuit préférentiel et réalisé à merveille par les joueurs. Dans cet effectif pourtant déserté de stars, tous font preuve d’une qualité technique remarquable, fruit d’un travail de recrutement brillant au sein du club. Torreira, le milieu défensif uruguayen et plaque tournante à la relance incarne cet excellent travail. Petit gabarit, mais gainé et disposant d’une couverture de balle remarquable, il démontre match après match son sens du placement. Il ramasse un nombre incalculable de ballons grâce à son anticipation. Associé à une très grande qualité de pied celui-ci lui permet d’enchaîner prise du ballon et passe verticale quasi-instantanément, sur une seule touche de balle. Cette capacité à faire du 2 en 1 est une compétence rare chez le footballeur. Thiago Motta à Paris et Pjanic à la Juventus sont les joueurs célèbres qui brillent de mille feux dans ce type de récupération.

Gaston Ramirez est aussi un joueur clé pour sublimer le principe crucial du jeu en 1 touche de balle réclamé par Marco Giampaolo. Uruguayen comme Torreira, il traverse anonymement les clubs de seconde zone du championnat anglais comme Hull City ou Middlesbrough. C’est grâce à Giampaolo qu’il passe un cap décisif cette saison. Très grand en taille contrairement à Torreira, il montre chaque semaine que grand gabarit peut rimer avec élégance. Très fin sur ses contrôles, sur les coups de pied arrêtés et dans son orientation du jeu, il n’est pas avare d’efforts sur tout le front de l’attaque. Sa protection de balle remarquable et  son volume de jeu en font un joueur détesté par les défenseurs.

Au-delà de ces deux cas particuliers, il est très facile d’observer à quel point tous les joueurs de la Sampdoria sont sur la même longueur d’onde. Ils semblent se trouver sans se regarder et partagent tous une grande aisance technique associée à un sens du déplacement certain.

Par conséquent, l’entraîneur peut se permettre de proposer de nombreuses variantes à cette séquence.

(Un autre circuit d’attaque fondé sur l’alternance jeu court – jeu long est présenté. Ferrari trouve Bereszynski côté droit)

( Le milieu Ramirez réalise un appel de l’axe vers le half-space droit et Bereszynski le trouve directement.)

(Après avoir attiré 3 joueurs sur le côté droit, il remet à son latéral pour éviter de se faire enfermer. Le milieu latéral, Praet, comme à son habitude, à déserté le côté pour une position plus axiale. Il prépare une projection dans le dos de la défense du Genoa ainsi aspirée.)

(La qualité technique fait le reste : il est servi parfaitement par-dessus par son coéquipier et se retrouve à contrôler un ballon directement dans la surface de réparation pour un centre très certainement dangereux.)

Ici le jeu long est employé à la fois pour initier le décalage, en alternance avec le jeu court. Il est aussi utilisé en phase de finition pour prendre la défense à revers et se